La compression

Titre complet : « La mise en compression et le contrôle de l’échappement »

Dans l’article précédent, traitant de la respiration, nous avons étudié la manière de remplir au mieux nos poumons. Il nous reste maintenant à envisager la meilleure façon d’utiliser l’air pour sonner de la trompe de chasse.

Quand nous respirons, nous renouvelons l’air de nos poumons un certain nombre de fois par minute par une ventilation inconsciente dictée par nos besoins en oxygène. Tant le remplissage d’air frais que l’expiration de l’air vicié sont indépendants de notre volonté. Mécaniquement, au repos, l’inspiration demande un effort tandis que l’expiration s’effectue en partie grâce au relâchement du diaphragme, des muscles intercostaux et à l’élasticité thoraco-pulmonaire. Il en résultera une remise en place mécanique des parties du corps dans la position qu’elles ont dû quitter suite au remplissage des poumons (côtes écartées, épaules soulevées, relâchement de la sangle abdominale…) cf. article sur la respiration. Remarque : pour tordre le cou à une erreur qui circule dans la monde de la trompe, il faut savoir qu’il n’est pas possible d’agir consciemment sur le diaphragme à l’expiration et que le célèbre « coup de diaphragme » n’est, en fait, qu’’un « coup abdominal » qui se retransmet au diaphragme.

1. Mise sous pression

« Pour produire un son d’une certaine intensité sonore, l’air qui se précipite entre les lèvres pour actionner l’appareil vibratoire constitué des lèvres posées sur l’embouchure, doit être soumis à une pression relativement importante et contrôlée ». (Bien sonner de la Trompe de Chasse vol.1). Il faut donc mettre le « réservoir » sous pression en utilisant la musculature expiratoire : (abdominaux, dorsaux, intercostaux…) afin de conférer au volume d’air contenu dans les poumons une pression la plus élevée et la plus constante possible. Cette pression agira automatiquement là ou nous en avons besoin, à savoir la bouche ; et plus particulièrement là où subsiste l’orifice de sortie entre les lèvres posées sur l’embouchure, en vertu du principe de Pascal qui démontre que « dans tout fluide en équilibre, toute variation de pression exercée en un point, se transmet intégralement dans tontes les directions (de l’espace) ». (On pourrait imaginer que le sonneur soit un bon gros fruit à noyau qui tente, en contractant sa chair, d’expulser son noyau.)

Comme dans toute pratique d’instrument à vent, le fluide (l’air) quittera les poumons par la trachée artère et sera canalisé vers la bouche. Il est essentiel que l’entièreté du gaz serve à l’élaboration des notes et de ce fait, il faut impitoyablement traquer toute fuite. L’étanchéité du réservoir est assurée par la fermeture de la valve d’échappement constituée par les lèvres posées sur l’embouchure et l’extrémité de la langue. Une fois les poumons remplis de la quantité d’air nécessaire et la pression de service assurée, il ne reste plus qu’à en faire un usage correct.

2. Qualité du souffle

Pour produire un son chaleureux et chaud dans son instrument, le sonneur doit libérer, dans sa trompe, un souffle chaud. Comment le reconnaître? Quand on souhaite nettoyer les verres de ses lunettes et que l’on ne possède aucun produit spécifique sous la main, la meilleure façon de procéder est encore d’embuer les verres de son haleine pour ensuite les polir au moyen de son mouchoir ou d’un chiffon doux. Pour ce faire, il est obligatoire d’expulser un souffle humide et chaud, originaire du bas des poumons. En réalité, ce n’est plus un souffle, c’est une exhalaison. Par opposition, le souffle utilisé pour éteindre une bougie ou écarter quelques poussières est froid et sec. Un bon moyen de vérifier si l’on produit un souffle chaud ou froid, est de le diriger vers le dos de la main, une vitre ou un miroir. Ce test est infaillible. Autre chose est de le faire passer dans l’embouchure. Conseil: effectuer quelques exercice en émettant le souffle chaud à travers l’embouchure sans la relier à la trompe et en dirigeant la queue de l’embouchure soit vers le dos de la main, soit vers une vitre, soit vers un miroir. Si on perçoit la sensation de chaleur sur le dos de la main ou si la vitre et le miroir se couvrent de buée, c’est gagné ! Ces exercices se feront évidemment en produisant un son et non en se contentant de faire passer l’air dans l’embouchure. On peut aussi s’exercer à cette technique particulière en exécutant des vocalises sur le son « OU » plutôt que sur le son « HAAH » ou « AH » qui ferme trop la glotte.

3. Régulation de la pression ou maîtrise de la fameuse « colonne d’air »

La pression de service peut être régulée au cours du trajet de l’air expiré. Successivement, la glotte, le dos de la langue et les lèvres agissent pour exercer ce contrôle, l’extrémité de la langue servant à ouvrir ou à clore l’espace maintenu entre les lèvres (appelé lumière d’échappement). Réaliser de nombreux exercices, même sans la trompe, augmentera vos chances de maîtriser cette technique et du même coup, augmentera sensiblement le niveau de vos performances artistiques.

Bon travail et à bientôt pour la suite de ces quelques conseils. Il n’est pas interdit de poser vos questions ou faire part de vos remarques et découvertes dans les rubriques prévues à cet effet de notre forum. Nous nous ferons un plaisir et un devoir soit d’y répondre (dans la mesure de nos modestes moyens), soit d’en tenir compte. Merci de votre bonne collaboration.

Philippe Carabin
Version revue et annotée par Gérard Bigex, kinésithérapeute spécialisé dans la formation des chanteurs lyriques.